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En Avril, on solde tout ..


Bref retour sur ce qui s’est passé en Avril comme faits allant à l’encontre de la liberté d’expression entre volonté politique, incompétence des concernés et "initiative" de la société civile.

Rappel : JanvierFévrier - Mars


9 Avril : La Troïka use de la matraque 

La fête des martyrs s’est transformé en une épreuve de force et un abus de pouvoir des hommes du Ministère de l’Intérieur. Comme deux jours auparavant pour une manifestation des chômeurs, celle du 9 Avril a aussi été dispersée à coups de lacrymogène, bastons et insultes. Les journalistes étrangers y ont aussi trouvés leur compte.

La raison ? Cette fameuse décision d’interdire toute manifestation à l’avenue Habib Bourguiba prise par Ali Larayedh, une décision au vue de la justice légale mais incompréhensible au vu de la situation particulière du pays et des arguments avancées par le ministre de l’intérieur.






S’en est suivi tout une semaine de folklore au sein de l’Assemblée Constituante et une ridicule histoire de Cocktails Molotov.

11 avril – Mauvais timing pour le boycotte ? 

Suite à l’agression subie par les représentants des médias, il a été décidé auprès du syndicat de boycotter les travaux du ministre de l’intérieur pendant une semaine (je ne sais plus s’ils ont tenu parole ou pas) et la non diffusion de l’intervention de Ali Larayedh à l’Assemblée Constituante. La politique de la chaise vide ne donne pas forcément de bons résultats..







15 avril – Le journal de 20h ne se mouille pas 

A Radès Cité Mileha, il y a eu une manifestation suite aux résultats d’un concours et du grabuge de la part de délinquants en manque d’adrénaline. Et comme d’habitude, la police ne s’est pas fait priée pour tabasser tout ce beau monde.

 Le journal de 20h de la TTN décide de ne pas approfondir le sujet et de pondre un résumé de moins d’une minute. Heureusement que Radio Kelima était là pour nous fournir un reportage objectif ( pour les uns) et une version des faits (pour les autres).














16 avril - Injustice ou coup de pub ? 

Le journal électronique Espace Manager s’est retrouvé devant la brigade économique et financière suite à la publication d’un article. L’interrogatoire a eu lieu le lendemain mais on ne connait toujours pas les tenants et les aboutissants de cette histoire.


16 Avril – Un Larayedh en cache un autre - S01E01

Mais là c’est pour une affaire de privatisation des médias et non pour une question de répression. Ameur Larayedh a en effet menacé sur le plateau de la télévision nationale de céder les médias publics au capital privé.

18 avril – Rached Ghannouchi rajoute une couche - S01E02

Deux jours après, c’est la publication sur un quotidien qatari de la déclaration de Rached Ghannouchi qui vient confirmer les propos de Ameur Larayedh. Il considère que des mesures radicales doivent être appliquées dans le domaine de l’information, poussant le bouchon de la bêtise encore plus loin en déclarant "pourquoi les régimes démocratiques maintiendraient-ils des médias officiels ?"

L’INRIC s’est chargé de répondre à ses bêtises via un communiqué de presse daté du 23 avril dont voici un extrait :

 « - Toutes les expériences auxquelles l’INRIC a eu accès en matière de réforme de l’information attestent que les pays démocratiques préservent et renforcent leurs médias publics et surtout leurs médias audiovisuels. C’est le cas, notamment, de l’Afrique du Sud, des Etats-Unis d’Amérique, des pays de l’Union Européenne et de l’Australie.

- Aucun de ces pays ne dispose de « médias officiels ». Bien au contraire, ils sont tous passés de l’information gouvernementale vers des médias de service public qui contribuent, grâce à leur indépendance et leur neutralité à l’égard de tous les centres de pouvoir, à développer la conscience du citoyen quant à l’importance de la démocratie et du pluralisme dans la garantie d’un avenir meilleur pour leurs peuples.

- Les pays qui ont vécu la même expérience de transition démocratique que la Tunisie, à l’instar du Portugal, de l’Espagne, de la Pologne, de la Tchéquie et de l’Indonésie, n’ont pas cédé leurs médias audiovisuels publics au capital privé, malgré leur rendement discutable, le manque de compétence de leurs professionnels, et les critiques virulentes qu’ils adressaient à leurs gouvernants pendant les premières années de la transition. Les dirigeants de ces pays n’avaient pas hésité, comme c’est malheureusement le cas actuellement en Tunisie, à promulguer les législations nécessaires à l’organisation du secteur de la communication audiovisuelle, conformément aux critères et aux standards internationaux en matière de liberté d’expression. » 

Mais le mal a déjà été fait. Les fidèles serviteurs du Cheikh se sont empressés d’appliquer la volonté « divine » devant le bâtiment de la télévision nationale ..

18 avril – Media, bis repetita 

Cette fois ci, c’est à Bardo lieu de l’Assemblée Constituante où la manifestation a pris place pendant quelques heures pour demander le départ du directeur de la télévision. Le forcing se fait de plus en plus grand, en toute impunité. 



19 Avril – Reprise du procès de Nessma TV 

Important dispositif de sécurité pour cette troisième audience d’un procès qui ne devait pas avoir lieu et qui partage entre les partisans pour une liberté d’expression et les contre tout atteinte au sacré religieux. Un des avocats de la partie civile a même jugé que Nabil Karoui est passible de la peine de mort.






Il doit être déçu par le jugement rendu le 03 Mai: Amende pour Nabil Karoui de 2400 DT, et pour Nadia Jalel et Hedi Bougnim de 1200 DT. L’accusation retenue est la « perturbation de l’ordre public et l’atteinte aux bonnes mœurs », alors que celle concernant « l’atteinte aux valeurs de la religion » n’a pas été retenue pour des raisons procédurales.

21 avril – On fête la "Saint Dilou" - S01E03

Quelques jours après, le porte parole du gouvernement a nié (comme d’habitude) la volonté de cette dernière de privatiser les médias publics. Ghanouchi qui met le feu au poudre avec deux ou trois autres acolytes et/ou ministres, Dilou qui vient éteindre le feu : stratégie de diversion appliquée à maintes reprises depuis des mois déjà.

23 avril – « A vendre » S01E04

L’écrito qui a précipité la fin de ce rassemblement de près de deux mois, rendu légal par le procure de la république pour son caractère pacifique. Insultes, agression et intimidation entre les deux camps. Le même procure demande l’arrêt immédiat de ce regroupement, se rétracte ensuite pour leur donner 48h puis 24h, pour enfin lever le sit-in après négociation avec .. Enahdha et ses sit-ineurs !







24 avril – Habib Belaïd « dégagé » 

C’est à travers son chauffeur que Habib Belaïd a appris son remplacement à la tête de établissement de la radio nationale par Mohamed El Mouaddeb, un technicien et non un journaliste. Personne du gouvernement n’a cru devoir me prévenir à l’avance, ne fut-ce que par un coup de fil.

 La nomination officielle datait du 17 avril alors que le décret portant la nomination a été publié sur le Journal officiel de la république tunisienne (Jort) le 20 avril. En protestation à cette décision, des directeurs ont démissionné de leurs postes. Par principe ou pour anticiper un éventuel coup du pute de Jebali ?

 26 avril – Petits meurtres entre amis ..

Désigné par Jebali pour chapeauter la ligne éditoriale du journal de 20h, Said Khezami a surpris plus d’un à travers cette déclaration où il confirmait que le parti Enahdha veut utiliser la TTN pour commencer d’or et déjà sa campagne présidentielle..





Mars, le mois de la TTN !


En Janvier c'était Jebali et Ghanouchi qui voulaient "contrôler" les médias pour offrir une information plus réaliste sur ce qui se passait, alors qu'en février ce fût le mois de "l'affrontement" entre Presse et Pouvoir mais surtout le mois de l'affaire Attounssia. Le mois dernier aura incontestablement été celui de la Télévision Tunisienne Nationale.


Source : Tunivisions


Piqûre de rappel : un appel dans divers mosquées (comme toujours) et sur Facebook (pour ne pas changer) a été lancé pour manifester après la prière du vendredi 02 mars devant le local de la Télévision étatique et demander un "assainissement" des médias en général ainsi que le départ de figures associés à l'ancien régime et qui continuent, selon eux, à induire la population en erreur à travers des informations et des reportages qui ne reflètent pas le "bon" travail du gouvernement actuel.

Ce campement de salafistes et de militants d'Ennahdha a été jugé légal par les autorités "compétentes" (sic) et reste toujours en place. La direction de la télévision nationale a pour sa part porté plainte contre ces sit-iners.








Le 08 mars, c'était la journée de la femme. Une occasion pour beaucoup de personnes d'aller célébrer au Bardo cette journée internationale, défendre les acquis de la femme mais en profiter aussi pour protester contre l'outrage qui a été fait au drapeau nationale un jour avant à la faculté de la Manouba.

Bizarrement, le seul média qui a omis d'en parler était la Télévision tunisienne nationale alors que deux jours auparavant le journal de 20h avait récupéré des vidéos postés sur Facebook pour parler de l'affaire du drapeau !

Toujours avec la TTN, Said Khezami un ancien d’Al Jazeera a été nommé fin mars rédacteur en chef du journal à la place de Moufida Hachani. Même si ce choix fait suite à un appel à candidature et un entretien avec un "jury indépendant, choisi d’un commun accord par les différentes parties concernées, notamment l’INRIC et le Syndicat National des Journalistes", ce sont les déclarations de Said Khezami par rapport au sit-in "qui se tient depuis plusieurs jours devant le siège de la télévision nationale" qu'il trouve légitime et "son souhait de considérer sa nomination comme un message à ces derniers tout en espérant pouvoir évoluer les choses au sein de la télévision tunisienne."




A l'occasion de la journée mondiale contre la cyber-censure le 12 mars dernier, Reporter Sans Frontières a décerné le prix du Net citoyen à des journalistes et militants syriens et a publié son rapport sur la cyber censure à travers le monde.

La Tunisie ne figure plus dans la liste noire des pays ennemis d'internet mais reste dans celle "sous surveillance" suite aux différentes formes de censure imposées par le tribunal militaire, le procès de filtrage des sites pornographiques à l'encontre de l'ATI, jugement certes cassé par la Cour de cassation et désormais en appel, mais aussi les trois plaintes déposées pour diffamation à Medenine contre les blogueurs Riadh Sahli et Marwane Athemna qui avaient justes publiés des textes relatant la mobilisation de manifestants contre la nomination du nouveau conseiller du gouverneur.






La fin du mois de mars a été marquée par l'affaire Mahdia où deux personnes avaient écopés chacun de 7 an et demi de prison ferme et de 1200 TND d’amende pour publication de photos insultant le Prophète sur leur profils personnels sur Facebook.

Cette affaire, peu médiatisé pour l'instant, met d'un côté les défenseurs de l'idée que Ghazi Al Beji et Jabeur Mejri ont été jugés en raison d'actes contraires à l'ordre public, pour atteinte aux croyances d'autrui et pour avoir porté préjudice à autrui.

De l'autre côté, on parle tout simplement de procès pour Athéisme et une atteinte à la liberté d'expression et à la liberté de culte.


Plus d'informations sur le blog de Olfa Riahi






Pouvoir, presse et société : tensions sur fond de "censure"

Censure, tension, auto-censure, pression de la société, lutte de pouvoirs, ... la liste des qualificatifs est longue décrire ce mois de Février. Les faits se sont multipliés le mois dernier, caractérisés par des tensions entre presse et pouvoir d'un côté, et entre médias et justice de l'autre côté.

Pour rappel, tout a commencé fin de l'année dernière et avec le début du mois de janvier suite aux discours de Rached Ghannouchi et Hamadi Jebali et leurs volontés d'avoir des médias gouvernementaux.

Tension entre Presse et Pouvoir

La pression s'est faite de plus en plus grande de la part de différents élus de la constituante et/ou membres du gouvernement provisoire liés au Mouvement Enahdha avec des déclarations visant directement les médias en les accusant de projeter une fausse réalité de la situation du pays, de provoquer la peur chez les tunisiens et de donner une fausse image du pays à l'étranger freinant ainsi les investissements.

Rached Ghannouchi a rajouté une couche lors de la conférence de presse organisée le 23 février par son mouvement et a insisté sur l’objectivité des médias et l’assainissement du secteur tout en se prononçant contre l’incarcération des journalistes (lire après l'affaire Attounssia)


Cette pression a été appuyée virtuellement sous le couvert d'une propagande et d'une manipulation Facebookienne, et sur le terrain à travers des sit-in pour réclamer « l’épuration du secteur de l’information » qui impose un black-out sur les réalisations et les acquis du gouvernement actuel. Une partie de la société a donc pris la relève pour imposer sa "censure" au nom d'une légitimité électorale oubliant au passage que le chef de gouvernement provisoire a nommé d'anciennes figures "novembristes" à la tête de certains médias publics.




Cette même partie de la "société" s'est aussi distinguée en s'attaquant à tout ceux qui expriment leur colère ou revendiquent quelque chose. On les a vu au mois de janvier à la Kasbah y aller insulter en toute impunité les représentants des médias, on les a vu aussi contre manifester en toute insolence face aux agents de l'ordre à la même place, sans oublier le rôle joué pendant la grève des agents de la municipalité et lors de la manifestation de l'UGTT. Le fameux leitmotive rcdiste "t'es pas avec moi t'es donc contre moi" est de retour.

Les médias, notamment publics, sont donc quotidiennement accusés de ne pas refléter la volonté du peuple. Un peuple qui prend désormais des initiatives et attaque en justice l'Établissement de la télévision tunisienne pour interdire l'utilisation de l’appellation "provisoire" pour qualifier le gouvernement et le Président de la République. Une appelation qui a suscité pas mal d'irritation de la part des nahdhaouistes, notamment Samir Dilou porte parole du gouvernement et ministre des Droits de l'homme et de la justice transitoire.

Concernant l'affaire, le tribunal de première instance a rejeté la plainte déposé par un avocat. La tension est désormais entre médias et justice.



Tension entre Médias et Justice

Dans le même registre ou presque, la cour de cassation a décidé de pourvoir en appel le jugement concernant le filtrage des sites pornographique et de donner raison à l'Agence Tunisienne d'Internet contre les trois avocats plaignants. 

Une petite lueur d'espoir dans un ciel assombrie, surtout avec l'affaire du journal Attounssia et l'incarcération de son directeur Nasreddine Ben Saïda suite à la publication d'une photo très osée  dans laquelle apparaît #Khedira, footballeur allemand d’origine tunisienne avec sa femme quasi nue, à la une du journal. La photo a provoqué une grande polémique sur la question du respect de la déontologie et de l’éthique, à l’heure où les médias sont victimes de plusieurs accusations





Oui, la décision de publier cette photo est très provocatrice - encore plus dans un contexte sociale bien particulier - et qui ne relève point d'une liberté d'expression venant d'un média qui s'est beaucoup distingué avec l'ancien régime. Mais delà à en faire une affaire moralisatrice, politique et criminelle, il y a des limites qu'il ne faut pas dépasser !

Le directeur du journal a été arrêté (e relâché depuis) sur la base d’un article du code pénal et non du code de la presse, alors qu'une amende aurait tout simplement  suffit.

Quand y en a plus, y en a encore

On pourra aussi discuter du double refus de la nouvelle direction de la télévision tunisienne à l'encontre de la diffusion de la pièce de théâtre de Taoufik Jbali "Danse avec le singe" et de la réalisation de la série humoristique  "L’inspecteur Khlifa" de Lamine Nahdi ..

Détailler le cas Zakaria Bouguerra violenté par un officier de police et "censuré" par la hiérarchie (il ne doit plus adresser la parole au policier ni mentionner son nom), de la révocation de Elyes Gharbi de la chaine radio Shems FM ..

Parler de la scène du Rap qui a vu coup sur coup une plainte des douaniers contre Klay BBJ et Med Amine Hamzaoui à cause de leur clip "Wa9tech", l'arrestation des Madou MC, Weld El 15 et Emino pour consommation de zatla trois jours après la tenue d'une manifestation le 18 Fèvrier pour la légalisation ou dépénalisation de la .. Zatla justement, et du groupe VIPA prié de quitter la scène lors du TEDxISG à cause du gros mot "zebi" ..




.. mais ça fera beaucoup trop pour un seul article.




L'ATI marque un point contre la censure

La Cour de Cassation a acceptée aujourd'hui la demande de pourvoir en appel de l’Agence Tunisienne d’Internet concernant l'affaire de censure des sites pornographiques qui l'oppose à trois avocats.

Même si la Cour de Cassation pouvait casser le jugement sans renvoyer le procès devant une cour d'appel, ce jugement est une victoire en soi dans une affaire de fond pour la liberté plus que de forme morale.

En face, l'un des trois avocats a réagit d'une façon hypocrite insinuant que les juges étaient pour la pornographie et des pays comme l'Australie sont entrain d'appliquer la censure de ces sites ce qui est faux. Voici sa déclaration à la radio Shems FM.

Voici d'ailleurs le communiqué presse de l'ATI en versions arabe et française.




Une première victoire pour les défenseurs d'un web libre de toute censure, d'une responsabilisation éducative de la jeunesse et le souhait d'avoir un organisme garant de la neutralité du web et de l'accès à l'information.

Mais rien n'est encore acquis dans une Tunisie qu'on croyait libre depuis le 14 janvier mais de plus en plus coincée dans une guerre idéologique sur fond de lutte politique.



Filtrage du web : vers un retour en arrière ?

Comment faire pour défendre la neutralité du net et libérer complètement le marché du web quand la censure immorale, l'absence de cadre juridique et la pression politique vous guettent ? Le tout dans un désintérêt coupable des fournisseurs de services Internet (FSI), eux qui ont un début de solution à ce faux problème.

Mai 2011, le tribunal de première instance somme l'Agence Tunisienne de l'Internet d’interdire l’accès aux sites pornographiques suite à une plainte déposée par trois avocats. Voulant couper court à toute forme de censure et se positionner comme étant un organisme neutre et garantir donc la neutralité de l'Internet, l'ATI décide de faire appel.

Août 2011, la cour d'appel confirme la décision et le jugement du tribunal. Le filtrage ou la censure revient très cher et l'ATI ne dispose plus des moyens techniques et financiers mis à disposition par l'ancien régime pour appliquer cette décision dont le coût a été estimé par des experts à 16 millions de dinars par an.  L'agence a dû se pourvoir en cassation.

La décision de filtrer ou non sera rendue durant ce mois de février. Les répercussions seront graves si la plus haute juridiction du pays venait à statuer en faveur des trois plaignants.

Un précédent juridique risqué

Pour mettre le texte dans son contexte, juridiquement aucune loi ne régit le domaine de l’internet du côté utilisation et contenu, en Tunisie ni même de savoir qu'est ce qu'il faut censurer exactement.

Il est donc inquiétant de constater que les juges se sont basés sur une perception morale subjective et une méconnaissance du dossier et de la situation propre au web au lieu de se baser sur ce que dit la loi. Pire encore, la justice tunisienne dans un élan d'absurdité a transféré son pouvoir décisionnaire et exécutif à l'ATI pour lister les sites à caractère pornographique et les censurer.

Une fuite en avant qui pourrait s'avérer désastreuse pour le web, l'économie numérique et la société tout court. Tout contenu web pourra être exposé à la censure, il suffit juste de trouver le "bon" prétexte au vu de ce vide juridique.

Il n'existe point de filtrage efficace

En effet, toutes les techniques et les solutions disponibles et applicables ne permettent pas un filtrage efficace du web. Des sites d'informations peuvent subir la conséquence de cette décision comme les sites de santé, ou même des réseaux sociaux. Imaginez un instant un filtrage qui toucherait Facebook !

De plus, la connexion internet sera moins fluide pour cause de filtrage mais aussi d'utilisation de techniques de contournement comme les proxys qui alourdissent considérablement la connexion.

L'éducation a un prix

Il est clair que ce sont les enfants qui sont les plus concernés par ce filtrage dans un but de protection. Mais est-ce la bonne solution d'interdire au lieu de prévenir ? De censurer au lieu d'éduquer ? De jeter tout cet argent par la fenêtre au lieu de les investir dans la construction d'écoles dans les régions défavorisées ?

D'autre part, l'application du filtrage aura pour conséquence directe une hausse des prix des abonnements et un risque de voire les fournisseurs de service internet perdre des clients.

Les FSI eux aussi sur le banc des accusés ?

Les fournisseurs de services Internet sont aussi pointés du doigt. L'implication timide des uns et l'absence d’intérêt total des autres nous laisse perplexe, eux qui sont censés monter au créneau pour défendre la neutralité du web, la libre circulation de l'information, l'accès aux différentes plateformes vidéos qui leur servent de moyens de promotion, et surtout, promouvoir le moyen le plus efficace pour protéger nos enfants des sites pornographiques : les logiciels de contrôle parental.

A ma connaissance, seul Hexabyte a mis en avant ce service dans ces dernières campagnes publicitaires. Tunisie Telecom s'est a apporté son soutient lors d'une conférence de presse mais sans suite après, Orange se contente d'une note sur son site web alors que GlobalNet ne propose même pas ce service.





Et dire que ces sociétés consacrent des milliers de dinars pour leurs budgets de communication. Une action de sensibilisation collective n'aurait pas été de refus, ont-ils peur d’investir ou d’être responsables vis-à-vis de leurs clients ?

Voilà donc où nous en sommes réduits après un peu plus d'un an de l'après révolution. Une décision favorable à la censure sera perçue comme une atteinte aux libertés individuelles et un retour en arrière. L’accès à Internet comme étant un droit fondamental dans la nouvelle Constitution risque de rester un simple rêve. 


Article paru sur le journal Tunis Hebdo - Rubrique Webdo


Qui censure au nom de quoi ?

L'année 2012 a connu un début assez mouvementé avec une volonté réelle de contrôler l'information ainsi que des pressions politiques et des tentatives d'intimidations physiques, pour "censurer".

En attendant la reprise d'ici quelques jours du procès à l'encontre de l'Agence Tunisienne de l'Internet concernant la censure des sites pornographiques, voici un bref récap de ce qui s'est passé le mois dernier.

Le samedi 7 janvier, le chef du gouvernement provisoire Hamadi Jebali annonce la nomination de nouvelles personnes à la tête des médias publics sans consulter le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) et l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information et de la Communication (INRIC) qui travaillent depuis des mois sur la question de la réforme du secteur de l’information, ni même ses alliés le CPR et le FDTL.

Décision unilatérale qui a provoqué un malaise au sein de ce secteur très sensible avec en prime certains nominés qui faisaient partie de l’ancien système, confirmant ainsi les déclarations faites fin décembre par Rached Ghanouchi et Jebali concernant la nécessité d'avoir des médias gouvernementaux pour le bien du pays (communication positive) et assoir la volonté du peuple (légitimité des résultats des élections)

Vidéo de Ghanouchi sur Pinklemonblog.com

Coup d'état médiatique pour les uns, volonté réelle de réorganiser ce secteur pour d'autres, cette décision s'apparente pour l'instant à de la censure malgré l'annulation de certaines nominations quelques jours après.

Dans un registre autrement plus hypocrite et caméléon, les déclarations de Moncef Marzouki au sujet de la censure sur internet pendant la période des élections puis une fois devenu Président provisoire de la République, et le revirement constaté.

Cette vidéo comparative, réalisée par l'équipe de Nawaat qui s'est basée sur les déclarations données en octobre à MalissOnline et au début du mois dernier à Taieb Moalla, le prouve.




Vers la moitié du mois de janvier, Jawher Ben Mbarek professeur de droit constitutionnel et leader du mouvement indépendant « Doustourna », reçoit des menaces de mort et pointe directement du doigt une mouvance politique auquel son discours ne plait pas.




Haythem El Mekki, blogueur converti au journalisme, a eu son lot de menaces de la part de "رئيس جمعية دار الحديث الزيتونية" suite à une de ses chroniques qualifiée comme une atteinte à l’islam et une déclaration de guerre contre les musulmans.




La deuxième moitié du mois de janvier a été marquée par la reprise du procès à l'encontre de Nabil Karoui et de sa chaine Nessma TV suite à une plainte déposée par 140 avocats pour « atteinte aux bonnes mœurs et aux valeurs du sacré » après la diffusion début octobre du film iranien Persepolis qui comprend une scène de quelques secondes où Dieu est représenté.

Les avis sont partagés avec d'un côté les défenseurs du sacré et d'une ligne rouge qu'il ne faut pas outrepasser même au nom de la liberté d'expression défendue par l'autre partie moins nombreuse.

Ce qui est sûr c'est que ce fait a été instrumentalisé à des fins politiques et a provoqué une réaction vive de la rue, contrairement à 2009 où la projection du film dans les salles de cinéma est passée inaperçue.





Devant le tribunal, Zied krichen rédacteur en chef du journal "Le Maghreb" et Hamadi Redissi journaliste et prof universitaire ont été agressés physiquement et traités, entre autres, de mécréants par une frange salafiste venue manifester contre la chaîne.



Cette fois ci, Hamadi Jebali et Ennahdha ont rapidement condamnés ces violences et le timing du procès.




Les librairies n’ont pas aussi été épargnées et deux d’entre elles ont reçues des intimidations et des menaces directes. La première, vraisemblablement Clairefontaine, parce qu'elle vendait
des ouvrages chiites, et la deuxième la librairie Mille Feuilles à cause d’un livre en vitrine dont la couverture représentait des femmes nues aux bains.

Dernier fait en ce mois de janvier celui relatif à Haythem El Mekki, encore lui, qui a été écarté de l'émission "حديث الساعة" pour ses prises de position politiques sur ses comptes sociaux. Une censure décidée par le Directeur de la TTN1 Sadok Bouaben, fraichement nommé par Jebali.




Bref, nous sommes "libres jusqu’à quand ?"


Source : Ajidoo.com


La censure change de camp ?

Article paru sur le journal Tunis Hebdo - Rubrique Webdo

Un juge a ordonné à l'ATI de censurer les sites pornographiques en urgence. Un moindre mal a été choisi pour « protéger » nos enfants traumatisés sans chercher à savoir que ce n’est pas l’objet de la censure (site X) qui pose un problème mais la censure tout court et la façon subjective avec laquelle a été prise cette décision.



La jeunesse tunisienne est en danger !

Tout a commencé avec cette plainte déposée en mai par trois avocats contre l’ATI afin de bloquer l’accès aux sites pour adultes et qui « présentaient un danger pour la jeunesse et étaient contraires aux valeurs musulmanes ».

L'ATI avait alors fait appel du jugement. « Je ne veux plus filtrer les pages web et je ne veux plus avoir des équipements de censure chez moi », avait déclaré le PDG de l'ATI, Moez Chakchouk, lors d’une conférence de presse.

Cette décision de la justice s’apparente plus à une atteinte aux libertés individuelles et à la propriété intellectuelle. Les solutions techniques pour limiter l’accès au web par les enfants sont disponibles aussi bien en ligne que chez les fournisseurs de services Internet. Il fallait juste formuler une demande et faire un effort de sensibilisation chez les parents.

On se pose aussi la question de savoir comment le juge a pu rendre son jugement sans se baser sur une étude médicale qui montre, comme le veut faire croire la partie plaignante, que les sites X pouvaient avoir un effet néfaste sur l'état mental des enfants.

Et puis tout devient facile quand le jugement se fait par contumace et donc absence des arguments de la défense et que le juge se prend pour le défenseur suprême de la morale publique et de l’éthique sociale au lieu de se baser sur des fondements et des articles de loi.

Avocats mousquetaires et réelle hypocrisie

Partant du principe que c’est le web qui est libre et que c’est aux FSI de fournir des services de limitation d’accès à certains sites pornographiques ou autres, on se retrouve dans une situation invraisemblable. Encore plus bizarre après la révolution et le concept « Open Governance » qui sera appliqué par 3 ministères d’ici le 23 octobre et qui préconise une transparence totale quant à la publication des données et un accès à toute information.

Doit-on donc interdire les paraboles ? Refuser toute nouvelle demande de station radio ou chaîne télé qui pourrait présenter un danger pour la jeunesse et être contraire aux valeurs musulmanes décidées par 3 avocats et 1 juge ? Va-t-on interdire les pauses publicitaires interminables du mois de ramadan qui visent les enfants et leurs facultés à harceler leurs parents ?

Ne serait-il pas plus intéressant d’ouvrir le dossier ô combien important de l’éducation des jeunes et moins jeunes, dans les foyers mais aussi dans les écoles ?

Du tac au tac

Le 13 juin, le juge de la Cour d’appel refuse la demande de l’ATI concernant la suspension du jugement en référé du Tribunal de première instance de Tunis.

Le lendemain, l’ATI a publié un communiqué où elle exprimait son respect pour la décision de la justice 5 mois après l’ouverture de tous les sites web décidée par « Ben a fui », entendez donc par là la décision de la justice de reprendre avec une époque pas lointaine qui encourageait la censure.

L’ATI a tenu à prévenir que la réactivation des filtres aura un effet négatif sur la qualité de service et donc de la navigation web et qu’il faudra du temps pour que çela soit effectif vu que les équipements de filtrage n’ont pas été mis à jour depuis le 14 janvier.

Le 15 juin, l’Agence Tunisienne de l’Internet publie un deuxième communiqué pour insister sur le besoin en temps et en délai afin d’exécuter la décision de la justice (affaire n° 2011/99325 en date du 26 mai 2011)

A travers sa conférence de presse, ses différents communiqués et son envie de s’expliquer en toute transparence, l’Agence Tunisienne d’Internet tente de redorer son blason et de se positionner en tant que réel et futur prestataire de services web neutre ; pour se détacher ainsi de cette mauvaise image de censeur imposé par le régime déchu.

Et si cette décision venait à se confirmer lors de la première séance en appel le 4 juillet 2011, on assistera alors à un précédent juridique et à un retour en arrière en ce qui concerne la communauté web qui a milité durant des années contre toute forme de censure.

Un nouveau rôle pour l’ATI ?

L’Agence Tunisienne de l’Internet a voulu rompre toute relation la liant avec le passé de Ammar404, elle s’est définie comme un Point d’échange Internet (IXP), et s’est fixé pour principale mission d’assurer le développement d’Internet en Tunisie en toute transparence, une décision félicitée très récemment par le critique Reporters Sans Frontières.

Le PDG de l’agence avait aussi exprimé le souhait d’un dialogue national pour constituer un code de l’Internet Responsable et Sécurisé, un ensemble de mesures qui serviraient à redorer l’image de cet acteur majeur des TIC en Tunisie.

Mais seulement voilà ce rôle est aujourd’hui menacé, voire impossible à réaliser, avec cette décision d’une justice « Indépendante ». La Cour d'appel doit examiner la question sur le fond à partir du 4 juillet prochain. La bataille pour la consolidation des droits individuels pour l’accès à l’information ne fait que commencer.

Que peut donc faire l’ATI pour garder le bon cap de ses ambitions, tout en respectant la souveraineté de la justice ? Quels rôles pourrait jouer la mobilisation des internautes, bloggeurs, cyber activistes et fervents défenseurs de la liberté ? Cette jeunesse qui a contribué à faire tomber un dictateur, criera-t-elle encore halte à la censure ? Nous sommes tous concernés !

Et comme disait Léonard de Vinci « Louer ou censurer ce que tu ne comprends pas peut causer préjudice ».