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Zouhair Yahyaoui : martyr du web

Un hommage a été rendu mardi dernier à feu Zouhair Yahyaoui, opposant virulent à la dictature de Ben Ali et célèbre cyberdissident qui portait symboliquement le pseudo de Ettounsi.

Hommage sous la forme d’une réception organisée par la présidence de Carthage en l’honneur de la famille Yahyaoui, d’une déclaration du président provisoire Moncef Marzouki et d’un débat entre divers invités associés à la toile.


Needhal Gharyani - eRevolution

Zouhair Yahyaoui “Ettounsi”

Zouhair Yahyaoui a créé TUNeZINE.com en 2001, un des principaux sites de l’opposition, connu pour son style sarcastique tout en dialecte et son ton sans ménagement contre la dictature de Ben Ali et le non- respect des droits de l’homme, sous l’alias de « Ettounsi ».
Le succès immédiat de son site, notamment la publication de la lettre ouverte de son oncle et avocat Mokhtar Yahyaoui adressée à Ben Ali pour dénoncer l’absence d’indépendance du pouvoir judiciaire, a causé sa perte.

Emprisonné abusivement en Juin 2002 sous l’accusation de “publication d’informations mensongères, de vol et d’utilisation frauduleuse d’un moyen de communication», Zouhaier passera 18 mois dans des conditions inhumaines et sera profondément affecté par la mort de son père. Bénéficiant d’une remise en liberté conditionnelle en novembre 2003 après plusieurs pressions de l’étranger, sa santé aura été considérablement amoindrie avec la torture, le sentiment d’injustice, les trois grèves de la faim, etc.. Il est mort le 13 mars 2005 suite à un arrêt cardiaque.

Zouhaier Yahyaoui, pionnier de la Cyberdissidence, paix à ton âme !

La contestation en ligne : genèse de la Cyberdissidence *

On peut situer la naissance de la « Cyberdissidence » tunisienne au début de l’année 1998 avec le lancement d’une liste de diffusion de news appelée “Takriz” par deux étudiants sous le pseudo de “Fœtus” et “Waterman”. Une autre liste de diffusion verra le jour en 2000 “Tunisnews” gérée, pour la plupart, par des réfugiés politiques qui diffusaient un contenu récolté de sources très variées.

Viendra ensuite le site et forum TUNeZINE.com de Zouhair Yahyaoui en 2001, puis Reveiltunisien.org en 2002 qui est assez proche dans le ton et le partage que Tunezine avec la particularité d’avoir été géré pendant un bon bout de temps par des non- Tunisiens comme Sophie Piekarec, la fiancée de Zouhair Yahyaoui justement.

La suite de l'article paru sur le journal Tunis Hebdo d'hier 19 mars est disponible sur Webdo






Filtrage du web : vers un retour en arrière ?

Comment faire pour défendre la neutralité du net et libérer complètement le marché du web quand la censure immorale, l'absence de cadre juridique et la pression politique vous guettent ? Le tout dans un désintérêt coupable des fournisseurs de services Internet (FSI), eux qui ont un début de solution à ce faux problème.

Mai 2011, le tribunal de première instance somme l'Agence Tunisienne de l'Internet d’interdire l’accès aux sites pornographiques suite à une plainte déposée par trois avocats. Voulant couper court à toute forme de censure et se positionner comme étant un organisme neutre et garantir donc la neutralité de l'Internet, l'ATI décide de faire appel.

Août 2011, la cour d'appel confirme la décision et le jugement du tribunal. Le filtrage ou la censure revient très cher et l'ATI ne dispose plus des moyens techniques et financiers mis à disposition par l'ancien régime pour appliquer cette décision dont le coût a été estimé par des experts à 16 millions de dinars par an.  L'agence a dû se pourvoir en cassation.

La décision de filtrer ou non sera rendue durant ce mois de février. Les répercussions seront graves si la plus haute juridiction du pays venait à statuer en faveur des trois plaignants.

Un précédent juridique risqué

Pour mettre le texte dans son contexte, juridiquement aucune loi ne régit le domaine de l’internet du côté utilisation et contenu, en Tunisie ni même de savoir qu'est ce qu'il faut censurer exactement.

Il est donc inquiétant de constater que les juges se sont basés sur une perception morale subjective et une méconnaissance du dossier et de la situation propre au web au lieu de se baser sur ce que dit la loi. Pire encore, la justice tunisienne dans un élan d'absurdité a transféré son pouvoir décisionnaire et exécutif à l'ATI pour lister les sites à caractère pornographique et les censurer.

Une fuite en avant qui pourrait s'avérer désastreuse pour le web, l'économie numérique et la société tout court. Tout contenu web pourra être exposé à la censure, il suffit juste de trouver le "bon" prétexte au vu de ce vide juridique.

Il n'existe point de filtrage efficace

En effet, toutes les techniques et les solutions disponibles et applicables ne permettent pas un filtrage efficace du web. Des sites d'informations peuvent subir la conséquence de cette décision comme les sites de santé, ou même des réseaux sociaux. Imaginez un instant un filtrage qui toucherait Facebook !

De plus, la connexion internet sera moins fluide pour cause de filtrage mais aussi d'utilisation de techniques de contournement comme les proxys qui alourdissent considérablement la connexion.

L'éducation a un prix

Il est clair que ce sont les enfants qui sont les plus concernés par ce filtrage dans un but de protection. Mais est-ce la bonne solution d'interdire au lieu de prévenir ? De censurer au lieu d'éduquer ? De jeter tout cet argent par la fenêtre au lieu de les investir dans la construction d'écoles dans les régions défavorisées ?

D'autre part, l'application du filtrage aura pour conséquence directe une hausse des prix des abonnements et un risque de voire les fournisseurs de service internet perdre des clients.

Les FSI eux aussi sur le banc des accusés ?

Les fournisseurs de services Internet sont aussi pointés du doigt. L'implication timide des uns et l'absence d’intérêt total des autres nous laisse perplexe, eux qui sont censés monter au créneau pour défendre la neutralité du web, la libre circulation de l'information, l'accès aux différentes plateformes vidéos qui leur servent de moyens de promotion, et surtout, promouvoir le moyen le plus efficace pour protéger nos enfants des sites pornographiques : les logiciels de contrôle parental.

A ma connaissance, seul Hexabyte a mis en avant ce service dans ces dernières campagnes publicitaires. Tunisie Telecom s'est a apporté son soutient lors d'une conférence de presse mais sans suite après, Orange se contente d'une note sur son site web alors que GlobalNet ne propose même pas ce service.





Et dire que ces sociétés consacrent des milliers de dinars pour leurs budgets de communication. Une action de sensibilisation collective n'aurait pas été de refus, ont-ils peur d’investir ou d’être responsables vis-à-vis de leurs clients ?

Voilà donc où nous en sommes réduits après un peu plus d'un an de l'après révolution. Une décision favorable à la censure sera perçue comme une atteinte aux libertés individuelles et un retour en arrière. L’accès à Internet comme étant un droit fondamental dans la nouvelle Constitution risque de rester un simple rêve. 


Article paru sur le journal Tunis Hebdo - Rubrique Webdo


Du Sang, du Web et de la liberté

Article publié dans "Tunis Hebdo" du lundi 28 février

Pour faire une révolution, prenez un pays, mettez-le sous dictature pendant des années, réprimez-le et enlevez-lui sa dignité. Laissez-le ruminer sa colère, voir grandir en lui sa frustration et s'organiser jusqu'au jour où il explose, descend dans la rue et se confronte au régime pour réclamer sa liberté et surtout l'obtenir !

Et le web dans tout ça ? Il fallait bien un média indépendant, non contrôlable et dont la censure pouvait être déjouée pour faire circuler l'information, la bonne information, toucher le maximum de jeunes et les sensibiliser au besoin de parler et surtout les inciter à descendre dans la rue.

C'est ainsi qu'un vent de liberté souffle depuis le 14 Janvier sur la Tunisie et le 11 Février en Égypte, et se propage vers d'autres pays arabes notamment la Libye (article écrit le jeudi 24 février).

Pas besoin d’insister sur le fait qu’une révolution se fait au prix de sacrifices, de sang. C’est la rue qui commande, le Web est là pour aider. Mais voyons quel rôle ont joué ces nouveaux médias dans la mobilisation des foules et la transmission de l’information aux classiques médias internationaux.



Le Web pour s’exprimer

Comment faire pour sensibiliser un maximum de personnes sur ce qui se passe réellement dans la rue en temps de révolution ? Par quel média passer pour parler, diffuser des vidéos de la rue et propager rapidement l’information ?

Dans une dictature, il ne faut pas compter sur les médias audiovisuels à la solde du régime. L’internet devient naturellement « La » source d’information et le seul espace de « liberté ». La naissance du Web 2.0 et le boom des réseaux sociaux ont offert un moyen inespéré pour combattre sur la durée tout régime totalitaire qui ne croyait pas en la force du net.

Écrire, blogger, s’exprimer, commenter, se rencontrer, s’échanger virtuellement, partager des vidéos, s’organiser, etc. Le processus est simple dans son apparence mais complexe dans sa réalisation.

Facebook le catalyseur, Twitter le sensibilisateur

Écrire c’est bien, partager une vidéo c’est encore mieux. Si on prend le cas de la Tunisie, les sites de contenu ne sont pas très nombreux et n’avaient pas le droit de discuter politique du temps de Ben Ali. La censure faisait rage, le blogging était tout le temps muselé et les plates-formes de partage de vidéos disparaissaient l’une après l’autre.

Heureusement que Mark Zuckerberg a eu la bonne idée de lancer Facebook, de l’améliorer et de proposer de plus en plus de services pour voir l’internaute tunisien s’approprier ce joujou et en faire un relais médiatique en temps réel de ce qui se passait réellement dans les rues à Sidi Bouzid, Thala, Kasserine, etc . la suite on la connaît tous et d’un simple outil de partage de l’information, Facebook incite désormais les gens à descendre dans la rue pour protester.

En consultant les statistiques fournies par Socialbakers.com, on constate que durant la période allant du 17 décembre au 14 janvier près de 250 000 nouveaux comptes Facebook ont été crées par les Tunisiens ! Tout simplement énorme !

Twitter pour sa part a eu un rôle de sensibilisation à l’extérieur du pays. Malgré le nombre assez faible d’utilisateurs tunisiens, la mobilisation -140 caractères a pu alerter les médias internationaux sur ce qui se passait réellement à l’hôpital de Kasserine par exemple. Les web journalistes de France 24, Le Monde, Libération, Rue89, Al Jazeera,etc .. pour ne citer qu’eux, fignolaient leurs articles en consultant le hashtag #sidibouzid devenu rapidement Trending Topics dans le monde.

Le monde arabe se réveille !

Touchés par ce vent de folie, libérés de la peur, bon nombre de pays arabes ont emboité le pas.

Au soir du 11 février, l’Egypte comptait plus de 5 millions de comptes FB dont un bon million crée depuis le début de l’année ! En Libye, Facebook a été déterminant pour mettre à nu les crimes commis par le « fou furieux » envers son peuple. Fait notable, 15 000 nouveaux comptes ont été activés ces deux dernières semaines.

D’autres candidats se bousculent au portillon, le Yemen et ses 70 000 comptes de plus depuis le début de l’année, l’Algérie et le Maroc avec respectivement 200 000 et 500 000 nouveaux comptes les deux derniers mois et l’Arabie Saoudite avec 300 000 Facebookeurs de plus une semaine avant le retour du roi Abdallah et l’annonce de multiples mesures sociales !!

Mark Zuckerberg devrait sûrement rendre hommage aux Tunisiens pour ce formidable coup de pub gratuit. Investir symboliquement dans des locaux en Tunisie ne serait sûrement pas considéré comme de la cyberutopie.

Crédit photo : @GKaroui